RICHESSE ET PATRIMOINE MAROCAINS

Mosquée Hassan II de Casablanca : prouesse spirituelle et conservatoire vivant des arts traditionnels

27/11/2025
Découvrir Mosquée Hassan 2 à Casablanca

Posée entre ciel et océan, la mosquée Hassan II de Casablanca est bien plus qu’un monument-phare de la corniche. C’est un manifeste architectural, un chantier d’artisans, un musée à ciel ouvert… et un véritable campus des arts traditionnels, grâce à l’Académie des Arts Traditionnels qui en dépend.

Une mosquée entre ciel et mer

Érigée en partie sur l’Atlantique, à l’emplacement de l’ancienne piscine municipale, la mosquée Hassan II répond au souhait de feu SM le Roi Hassan II de voir « la maison de Dieu » se dresser là où se rencontrent ciel et mer.

De jour, le marbre clair, les zelliges verts et les arcs se découpent dans la lumière de l’océan. De nuit, le minaret, culminant à près de 200–210 mètres, s’illumine, et un laser vert pointe vers La Mecque, visible à plusieurs dizaines de kilomètres, comme un fil lumineux reliant Casablanca au cœur spirituel du monde musulman.

Un rêve royal devenu chantier national

Le chantier s’ouvre officiellement en 1986 et l’inauguration a lieu en 1993, après sept années de travaux intenses. L’architecte Michel Pinseau signe les plans, tandis que de grandes entreprises et des milliers d’ouvriers et d’artisans marocains participent à la réalisation.

On estime que plus de 10 000 artisans et artistes ont été mobilisés pour sculpter le bois de cèdre, tailler les marbres, réaliser les zelliges et les stucs qui habillent l’édifice, pour un volume de travail de dizaines de millions d’heures.

Une mosquée financée par le peuple

Dès l’annonce du projet, au milieu des années 1980, l’État ne s’est pas contenté de financer la mosquée sur fonds publics : une vaste collecte nationale est lancée en 1986 pour permettre à chaque Marocain de « prendre part » à l’édifice. Des carnets et reçus officiels sont distribués, des contributions sont recueillies dans les administrations, les entreprises, les banques, les douars et les quartiers populaires.

Au-delà de l’aspect financier, ce geste s’inscrit dans une double logique : celle de la solidarité et du partage, où chacun, riche ou modeste, participe symboliquement à la construction d’un monument commun ; et celle du référent religieux, nourri par le hadith bien connu selon lequel celui qui construit ou contribue à construire une mosquée se verra préparer une demeure au Paradis. Pour beaucoup de familles, donner pour la mosquée Hassan II, c’était donc à la fois soutenir un projet national et inscrire leur nom, discrètement, dans une œuvre spirituelle qui les dépasse. Alors, lorsque vous mettrez le pied dans cet édifice, rappelez-vous que tous les Marocains y ont mis la main.

Une architecture monumentale, entre prouesse et poésie

Des chiffres qui donnent le vertige

La mosquée Hassan II impressionne par ses dimensions :

  • une capacité totale d’environ 105 000 fidèles, dont 25 000 dans la salle de prière et le reste sur l’esplanade ;
  • un complexe aménagé sur plusieurs hectares, intégrant salle de prière, esplanades, salle d’ablutions, bains, madrasa, bibliothèque, musée et Académie des Arts Traditionnels ;
  • un minaret parmi les plus hauts du monde, surmonté d’un laser orienté vers La Mecque.

Mais derrière les chiffres, c’est la poésie des détails qui marque le visiteur.

Prouesses techniques discrètes mais spectaculaires

La salle de prière est surmontée d’un toit ouvrant monumental : en quelques minutes, cette toiture coulissante s’ouvre pour laisser entrer l’air marin et la lumière du ciel. La frontière entre intérieur et extérieur disparaît, la prière se fait sous la voûte céleste.

On y trouve également :

  • un système de chauffage au sol,
  • des fontaines d’ablutions aux formes florales,
  • un hammam aux voûtes couvertes de zelliges et de tadelakt.

Tout est pensé pour marier confort moderne et esthétique traditionnelle.

Un livre ouvert sur l’artisanat marocain

Entrer dans la mosquée Hassan II, c’est feuilleter un livre vivant de l’artisanat marocain.

  • Les plafonds en bois de cèdre sculpté et peint rappellent les grandes médersas de Fès ou de Marrakech.
  • Les murs sont tapissés de zelliges géométriques, aux motifs et aux couleurs infinies.
  • Les arcs et coupoles en stuc sculpté déploient un vocabulaire végétal et calligraphique d’une grande finesse.
  • Le marbre et le granit, issus de divers terroirs marocains, prolongent l’héritage andalou-maghrébin.

Chaque panneau, chaque motif renvoie à un langage symbolique et à l’histoire des écoles régionales de savoir-faire. La mosquée est ainsi une véritable encyclopédie d’arts décoratifs marocains.

Le musée de la mosquée : les coulisses du chef-d’œuvre

Adossé au complexe, le musée de la mosquée Hassan II révèle les coulisses du monument. On y découvre :

  • des échantillons de zelliges, de bois sculptés, de stucs et de marbres utilisés comme maquettes ;
  • des outils d’artisans ;
  • des documents et plans qui retracent la conception et la construction de la mosquée.

Ce musée montre que la mosquée n’est pas seulement un décor monumental : c’est le fruit d’un dialogue constant entre architectes, maîtres-artisans et institutions.

L’Académie des Arts Traditionnels : le cœur vivant du savoir-faire

Au sein de ce dispositif, un acteur majeur mérite une place centrale : l’Académie des Arts Traditionnels de Casablanca (AAT).

Une institution dédiée à la transmission

Fondée en 2012, l’Académie des Arts Traditionnels est rattachée à la Fondation de la Mosquée Hassan II de Casablanca. Sa mission est claire : sauvegarder et transmettre les arts traditionnels marocains en formant une nouvelle génération de maîtres artisans et de cadres spécialisés.

Une école d’excellence, gratuite et exigeante

L’Académie propose une formation initiale gratuite, sélective, qui s’étale sur plusieurs années. Les étudiants y suivent des cours théoriques (histoire de l’art, dessin, géométrie, matériaux…) et surtout une formation pratique en atelier, encadrée par des maîtres-artisans.

Elle offre neuf filières techniques regroupées en grands arts :

  • Art du bois : bois peint, bois sculpté ;
  • Art des métaux : bijouterie, ferronnerie d’art ;
  • Art du bâtiment traditionnel : zellige, plâtre, pierre taillée ;
  • Art du textile : tissage traditionnel ;
  • Art du cuir : maroquinerie ;
    auxquels s’ajoute la calligraphie arabe et décorative.

Un laboratoire vivant du patrimoine

Au-delà de la formation de base, l’AAT fonctionne comme un laboratoire vivant du patrimoine :

  • des projets de fin d’études donnent naissance à des pièces originales, exposées ou mises en vente ;
  • des cycles de formation continue sont proposés aux professionnels, notamment dans la restauration des monuments historiques ;
  • les savoir-faire transmis sont directement mobilisables pour l’entretien et la restauration de la mosquée Hassan II et d’autres sites patrimoniaux.

Ainsi, la mosquée n’est pas seulement un chef-d’œuvre figé : grâce à l’Académie, elle devient un écosystème vivant, où les arts traditionnels sont étudiés, pratiqués et réinventés.

Visiter la mosquée Hassan II aujourd’hui

La mosquée Hassan II est l’une des rares grandes mosquées du Maroc ouverte aux non-musulmans dans le cadre de visites guidées payantes, et le complexe abrite également un hammam et un espace bien-être (spa) accessibles au public, selon des conditions et des horaires spécifiques.

Visites guidées

  • Les visites sont organisées à des horaires précis, généralement plusieurs créneaux le matin et l’après-midi, en dehors des heures de prière.
  • Les tarifs varient selon le public (enfants, étudiants marocains, Marocains et résidents, visiteurs étrangers) et peuvent évoluer. Les informations à jour sont disponibles sur le site officiel de la Fondation de la Mosquée Hassan II.

Entre foi, tourisme et débat public

Depuis 2024, l’instauration d’un accès payant à l’esplanade a suscité un débat au Maroc, entre nécessité de financer l’entretien d’un monument colossal et volonté de préserver un accès populaire à ce lieu emblématique.

La mosquée Hassan II de Casablanca n’est pas seulement un monument que l’on photographie depuis la corniche : c’est à la fois un repère spirituel où des milliers de fidèles se rassemblent pour la prière, un chef-d’œuvre d’architecture qui conjugue tradition marocaine et innovations techniques, un musée vivant de l’artisanat qui raconte le génie des artisans du Royaume et, grâce à l’Académie des Arts Traditionnels, un véritable lieu d’avenir pour les métiers d’art.

Auteur
Photo de profil du docteur Zahra Boughroudi

Zahra Boughroudi

Docteure en langues et communication et titulaire d'un master en tourisme et communication. J’ai eu l’occasion de développer l’expertise dans le domaine de la communication touristique. J’ai mené des recherches en ingénierie touristique et en développement du tourisme culturel.