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Posée entre ciel et océan, la mosquée Hassan II de Casablanca est bien plus qu’un monument-phare de la corniche. C’est un manifeste architectural, un chantier d’artisans, un musée à ciel ouvert… et un véritable campus des arts traditionnels, grâce à l’Académie des Arts Traditionnels qui en dépend.
Érigée en partie sur l’Atlantique, à l’emplacement de l’ancienne piscine municipale, la mosquée Hassan II répond au souhait de feu SM le Roi Hassan II de voir « la maison de Dieu » se dresser là où se rencontrent ciel et mer.
De jour, le marbre clair, les zelliges verts et les arcs se découpent dans la lumière de l’océan. De nuit, le minaret, culminant à près de 200–210 mètres, s’illumine, et un laser vert pointe vers La Mecque, visible à plusieurs dizaines de kilomètres, comme un fil lumineux reliant Casablanca au cœur spirituel du monde musulman.
Le chantier s’ouvre officiellement en 1986 et l’inauguration a lieu en 1993, après sept années de travaux intenses. L’architecte Michel Pinseau signe les plans, tandis que de grandes entreprises et des milliers d’ouvriers et d’artisans marocains participent à la réalisation.
On estime que plus de 10 000 artisans et artistes ont été mobilisés pour sculpter le bois de cèdre, tailler les marbres, réaliser les zelliges et les stucs qui habillent l’édifice, pour un volume de travail de dizaines de millions d’heures.
Dès l’annonce du projet, au milieu des années 1980, l’État ne s’est pas contenté de financer la mosquée sur fonds publics : une vaste collecte nationale est lancée en 1986 pour permettre à chaque Marocain de « prendre part » à l’édifice. Des carnets et reçus officiels sont distribués, des contributions sont recueillies dans les administrations, les entreprises, les banques, les douars et les quartiers populaires.
Au-delà de l’aspect financier, ce geste s’inscrit dans une double logique : celle de la solidarité et du partage, où chacun, riche ou modeste, participe symboliquement à la construction d’un monument commun ; et celle du référent religieux, nourri par le hadith bien connu selon lequel celui qui construit ou contribue à construire une mosquée se verra préparer une demeure au Paradis. Pour beaucoup de familles, donner pour la mosquée Hassan II, c’était donc à la fois soutenir un projet national et inscrire leur nom, discrètement, dans une œuvre spirituelle qui les dépasse. Alors, lorsque vous mettrez le pied dans cet édifice, rappelez-vous que tous les Marocains y ont mis la main.
La mosquée Hassan II impressionne par ses dimensions :
Mais derrière les chiffres, c’est la poésie des détails qui marque le visiteur.
La salle de prière est surmontée d’un toit ouvrant monumental : en quelques minutes, cette toiture coulissante s’ouvre pour laisser entrer l’air marin et la lumière du ciel. La frontière entre intérieur et extérieur disparaît, la prière se fait sous la voûte céleste.
On y trouve également :
Tout est pensé pour marier confort moderne et esthétique traditionnelle.
Entrer dans la mosquée Hassan II, c’est feuilleter un livre vivant de l’artisanat marocain.
Chaque panneau, chaque motif renvoie à un langage symbolique et à l’histoire des écoles régionales de savoir-faire. La mosquée est ainsi une véritable encyclopédie d’arts décoratifs marocains.
Adossé au complexe, le musée de la mosquée Hassan II révèle les coulisses du monument. On y découvre :
Ce musée montre que la mosquée n’est pas seulement un décor monumental : c’est le fruit d’un dialogue constant entre architectes, maîtres-artisans et institutions.
Au sein de ce dispositif, un acteur majeur mérite une place centrale : l’Académie des Arts Traditionnels de Casablanca (AAT).
Fondée en 2012, l’Académie des Arts Traditionnels est rattachée à la Fondation de la Mosquée Hassan II de Casablanca. Sa mission est claire : sauvegarder et transmettre les arts traditionnels marocains en formant une nouvelle génération de maîtres artisans et de cadres spécialisés.
L’Académie propose une formation initiale gratuite, sélective, qui s’étale sur plusieurs années. Les étudiants y suivent des cours théoriques (histoire de l’art, dessin, géométrie, matériaux…) et surtout une formation pratique en atelier, encadrée par des maîtres-artisans.
Elle offre neuf filières techniques regroupées en grands arts :
Au-delà de la formation de base, l’AAT fonctionne comme un laboratoire vivant du patrimoine :
Ainsi, la mosquée n’est pas seulement un chef-d’œuvre figé : grâce à l’Académie, elle devient un écosystème vivant, où les arts traditionnels sont étudiés, pratiqués et réinventés.
La mosquée Hassan II est l’une des rares grandes mosquées du Maroc ouverte aux non-musulmans dans le cadre de visites guidées payantes, et le complexe abrite également un hammam et un espace bien-être (spa) accessibles au public, selon des conditions et des horaires spécifiques.
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Depuis 2024, l’instauration d’un accès payant à l’esplanade a suscité un débat au Maroc, entre nécessité de financer l’entretien d’un monument colossal et volonté de préserver un accès populaire à ce lieu emblématique.
La mosquée Hassan II de Casablanca n’est pas seulement un monument que l’on photographie depuis la corniche : c’est à la fois un repère spirituel où des milliers de fidèles se rassemblent pour la prière, un chef-d’œuvre d’architecture qui conjugue tradition marocaine et innovations techniques, un musée vivant de l’artisanat qui raconte le génie des artisans du Royaume et, grâce à l’Académie des Arts Traditionnels, un véritable lieu d’avenir pour les métiers d’art.

Docteure en langues et communication et titulaire d'un master en tourisme et communication. J’ai eu l’occasion de développer l’expertise dans le domaine de la communication touristique. J’ai mené des recherches en ingénierie touristique et en développement du tourisme culturel.