
Au Maroc, le couscous ne se résume pas à ce que l’on met dans une marmite. Il est avant tout un moment collectif, une pratique sociale qui dépasse largement la simple idée de nourriture. Bien avant d’être consommé, il existe déjà comme un temps de rassemblement, un marqueur culturel et un langage silencieux du vivre-ensemble.
Le couscous accompagne le vendredi, jour de rassemblement, mais aussi les grandes étapes de la vie. Naissances, mariages, retours de voyage ou moments de deuil sont autant d’occasions où il prend place, non pas pour satisfaire un appétit individuel, mais pour signifier la présence du groupe.
Sa préparation elle-même reflète cette dimension collective. Traditionnellement, le couscous demande du temps, de l’attention et une certaine lenteur. Dans de nombreuses familles marocaines, la préparation devient un moment de transmission. Les gestes se répètent, les paroles circulent et les savoirs passent naturellement d’une génération à l’autre. Le plat se construit autant par les mains que par la mémoire et les échanges.
Le moment du repas renforce cette symbolique. Le couscous est servi dans un plat commun autour duquel chacun prend place. Ce partage direct dans la société marocaine, sans séparation individuelle, exprime une idée forte d’égalité et d’appartenance. Il rappelle que manger ensemble est un acte social, et que le couscous est fait pour rassembler. Dans l’imaginaire collectif, le consommer seul perd une grande partie de son sens.
Cette vision du repas partagé trouve aussi un écho dans la tradition religieuse. Un récit ancien évoque une femme âgée qui préparait chaque vendredi un repas très simple à base de légumes et d’orge pour le Prophète et ses Compagnons. Malgré la modestie des ingrédients, ce repas était attendu avec joie. Ce témoignage rappelle que la valeur d’un plat ne réside pas dans son abondance, mais dans l’intention, la générosité et le lien qu’il crée entre ceux qui le partagent.
Dans certaines régions du Maroc, le couscous dépasse le cadre familial pour devenir un véritable acte public de solidarité et de reconnaissance. À travers la pratique du Lmaarouf, il incarne à la fois l’entraide de quartier et l’expression d’une gratitude profonde, ancrée dans la culture et la spiritualité marocaines. Ce geste a récemment été illustré en France par une initiative filmée, où une femme qui s'appelle Zaina prépare et distribue du couscous dans la rue, directement inspirée du Lmaarouf marocain. (Voir la vidéo)
Dans plusieurs quartiers du Souss, le couscous prend une dimension profondément communautaire à travers une tradition appelée Lmaarouf (المعروف). Les femmes du quartier se rassemblent, organisent des cotisations et préparent un grand couscous directement dans la rue, du matin jusqu’au soir. Pour préserver l’intimité de la préparation et éviter les regards, elles installent des protections faites de draps, puis participent toutes, chacune à sa manière, à la préparation. Le couscous est ensuite offert aux passants, qui mangent et formulent des douaa. Cette pratique, vécue comme une sadaqa, crée une solidarité visible et vivante. Une forme de concurrence bienveillante entre quartiers fait que ces événements se déroulent à différents moments de l’année, renforçant les liens sociaux et l’honneur collectif.

Au-delà des quartiers, Lmaarouf est aussi un acte de gratitude profondément ancré dans la culture marocaine. Chaque fois qu’une personne réussit dans un projet important — mariage, réussite commerciale ou naissance d’un enfant après une longue attente — il est courant qu’un maarouf soit préparé en signe de reconnaissance. Ce couscous est souvent distribué dans ou autour de mausolées, des lieux fréquentés par les plus démunis. En partageant ce repas, celui qui a réussi exprime sa gratitude et redistribue symboliquement le bien reçu. Les bénéficiaires mangent, prient et participent ainsi, par leurs invocations, à cette réussite, rappelant que l’accomplissement individuel s’inscrit toujours dans une responsabilité collective.
Le couscous accompagne les passages les plus sensibles de la vie sociale. Après un décès, il devient un repas de consolation. Lors des célébrations, il marque la joie et la reconnaissance. Dans ces contextes, il n’est pas préparé pour impressionner, mais pour remplir un devoir social. Il affirme silencieusement que personne n’est seul face aux épreuves ou aux moments importants.
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Il n’existe pas un couscous unique et figé. Chaque région, chaque foyer, chaque contexte donne naissance à une version différente. Les ingrédients varient selon les saisons, les moyens et les traditions locales. Derrière chaque préparation se cache une histoire, une identité et une mémoire collective.
La reconnaissance du couscous comme patrimoine culturel immatériel illustre cette réalité. Ce ne sont pas les saveurs qui ont été mises en avant, mais les pratiques sociales, les gestes transmis et le partage.
Aujourd’hui, malgré les évolutions culinaires et les changements de modes de vie, le couscous conserve sa charge symbolique. Il reste associé au vendredi, à la famille et aux moments forts. Même transformé, il continue de jouer son rôle essentiel de lien social.

Le couscous nourrit les corps, mais surtout les relations humaines. Il rappelle que, dans la culture marocaine, manger n’est jamais un acte isolé. C’est un geste social, culturel et profondément humain.
Pour ceux qui souhaitent comprendre la préparation traditionnelle, découvrez notre recette complète du couscous marocain.”👉 Couscous Marocain : Recette Traditionnelle et Variantes | MaroCulturel
Parce qu’il est préparé pour rassembler la famille et la communauté lors des moments importants de la vie.
Le vendredi est un jour de rassemblement religieux et social, et le couscous symbolise le partage après la prière.
Le Lmaarouf est un acte de générosité consistant à offrir du couscous en signe de solidarité ou de gratitude.
Partager le même plat exprime l’égalité, la cohésion sociale et le lien communautaire.

Docteure en langues et communication et titulaire d'un master en tourisme et communication. J’ai eu l’occasion de développer l’expertise dans le domaine de la communication touristique. J’ai mené des recherches en ingénierie touristique et en développement du tourisme culturel.