
Chaque 13 janvier, un parfum unique envahit les maisons : celui de l’Ourkimen, le plat rituel du Nouvel An amazigh. Longuement mijoté dans la Tafdna, il ne nourrit pas seulement le corps : il raconte une mémoire, une protection et un lien profond au collectif. Derrière chaque cuillère se cachent des gestes ancestraux et une tradition qui traverse les siècles.
À l’approche de Yennayer, l’Ourkimen devient un moment attendu, presque sacré. Ce n’est pas un simple repas : c’est une manière de dire “que l’année soit généreuse”, “que la maison reste protégée”, “que la famille demeure unie”.
Dans de nombreuses régions, cette préparation marque l’entrée dans la nouvelle année amazighe comme un rite de passage, entre la terre, le foyer et la communauté.
La veille, ce sont souvent les femmes qui donnent le premier souffle au rituel : les ingrédients trempent dans l’eau toute une nuit, comme si l’on préparait la bénédiction doucement, sans bruit, avant le lever du jour.
Les ingrédients se composent généralement de :
Le lendemain, à l’aube, le mélange est versé dans un grand récipient en cuivre appelé Tafdna, puis porté à ébullition avec un peu d’huile d’olive. La cuisson se prolonge longuement jusqu’à ce que tous les ingrédients deviennent tendres, offrant à l’Ourkimen sa richesse, sa chaleur et son goût de “maison”.
L’Ourkimen n’est pas seulement une recette : il a longtemps été accompagné, dans certaines régions, de gestes traditionnels transmis de génération en génération. Parmi eux, on raconte que le sel n’était ajouté qu’après avoir déposé une petite quantité de la préparation dans des endroits précis de la maison, par croyance populaire liée à des présences invisibles appelées “Aït Lmkane” souvent assimilés à des djinns qui, selon l’imaginaire collectif, détesteraient le sel.
Cependant, ce rituel est aujourd’hui de plus en plus abandonné. Plusieurs savants musulmans le contestent, estimant qu’il peut être compris comme une recherche de protection ou de bénédiction auprès d’autres que Dieu, ce qui relève du shirk dans la doctrine islamique (car, selon l’islam, Dieu seul protège et accorde la bénédiction).
Ainsi, la majorité des familles se concentrent désormais sur l’essentiel de la fête : le repas, le partage, la cohésion familiale et la dimension culturelle de Yennayer, sans pratiquer ce geste. D’ailleurs, au fil du temps, certains anciens rituels amazighs ont été progressivement délaissés ou réinterprétés avec la diffusion de l’islam, notamment lorsqu’ils étaient perçus comme incompatibles avec le tawhid (l’unicité de Dieu) ou susceptibles de relever du shirk.
Dans certaines tribus, une fête accompagne l’événement. Tout le monde se rassemble et partage le repas d’Ourkimen. Ce partage prend une signification particulière : celle de l’alliance, aussi forte que celle du sang.
« La notion d’hospitalité se réalise à travers l’accueil de tous les passants dans la tribu, à qui un grand bol d’Ourkimen bien chaud est servi. »
Ici, l’Ourkimen devient plus qu’un plat : il devient un lien social. Un bol offert, une place à table, une porte qui s’ouvre : l’hospitalité se transforme en fierté, et la tradition en geste vivant.
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Dans le cadre de la cohésion sociale, un achat collectif de tous les ingrédients nécessaires peut également se faire à l’occasion de ce repas. Cette organisation commune crée une joie particulière : celle du partage avant même la cuisson, celle de sentir qu’on appartient à quelque chose de plus grand que soi.
C’est aussi cela, Yennayer : une culture amazighe où l’esprit collectif demeure fort — non pas dans les discours, mais dans les actes, dans la table, dans le quotidien.
À Agadir, Ed Inayer 2976 (2026) se vit aussi dans la ville, au rythme d’un programme culturel déployé du 11 au 15 janvier. La commune propose des rencontres et activités autour des pratiques agricoles traditionnelles, suivies de soirées musicales et artistiques, réparties dans plusieurs espaces comme le Cinéma Sahara (Talborjt), Agadir Oufella, la Corniche, la Place Al Amal, le Jardin Ibn Zaydoun, Taddart Anza, ainsi que Tikiouine et Bensergao. Le point d’orgue est annoncé sur la Corniche le 13 janvier, avec une soirée artistique et visuelle mêlant créations lumineuses, performances visuelles et chorégraphies de drones, tandis que le Jardin Ibn Zaydoun accueille des animations familiales, des expositions d’artisanat et de produits du terroir, ainsi que des espaces dédiés à la gastronomie.

Docteure en langues et communication et titulaire d'un master en tourisme et communication. J’ai eu l’occasion de développer l’expertise dans le domaine de la communication touristique. J’ai mené des recherches en ingénierie touristique et en développement du tourisme culturel.