RICHESSE ET PATRIMOINE MAROCAINS

Décès d’Abdelhadi Belkhayat : le Maroc perd une voix majeure de sa mémoire musicale

3/2/2026
Abdelhadi Belkhayat : l’un des artistes préférés du Roi Hassan II
Le Maroc est en deuil. L’artiste Abdelhadi Belkhayat s’est éteint vendredi 30 janvier 2026, à l’âge de 86 ans, à l’hôpital militaire de Rabat.

Un malaise en Mauritanie avant une prise en charge en urgence

L’artiste avait été hospitalisé après un malaise survenu en Mauritanie. Selon la presse, il a d’abord été pris en charge à son arrivée à Dakhla, avant d’être transféré à l’hôpital militaire de Rabat pour la suite des soins. Abdelhadi Belkhayat a été admis en service de réanimation, où il a fait l’objet d’une prise en charge médicale intensive. Malgré les soins prodigués et les efforts de l’équipe soignante, son état de santé s’est aggravé, et l’artiste s’est finalement éteint le vendredi 30 janvier 2026, plongeant ses proches et le public marocain dans une profonde tristesse.

Des obsèques à Casablanca : un dernier adieu au cimetière Cimetière Chouhada

L’artiste a été inhumé le samedi 31 janvier 2026 au cimetière Chouhada de Casablanca. Famille, admirateurs et plusieurs figures du monde culturel se sont réunis pour saluer une dernière fois l’un des grands noms de la chanson marocaine.

Un message de condoléances de Mohammed VI

Un message de condoléances et de compassion a été adressé à la famille du défunt, soulignant la perte que représente cette disparition pour ses proches, pour “la famille artistique” et pour les générations qui ont aimé ses œuvres.

Une voix qui a traversé les décennies

Né à Fès, Abdelhadi Belkhayat s’est imposé dès les années 1960 comme l’une des grandes voix de la chanson marocaine, grâce à une interprétation à la fois élégante et profondément émotive. Entre classiques populaires et titres plus introspectifs, il a traversé plusieurs décennies en restant un repère pour le public, avant de se faire plus rare sur scène. Son retour ponctuel, notamment lors de festivals comme Mawazine, avait rappelé l’empreinte durable de son timbre et de son style, devenus partie intégrante de la mémoire musicale nationale.

Belkhayat n’était pas seulement une célébrité : il faisait partie des repères de la mémoire collective. Ses chansons, reprises, fredonnées, partagées, ont accompagné des scènes ordinaires (les soirées de radio, les réunions familiales) autant que des moments de fête. Sa voix, sa diction, sa manière d’habiter la mélodie ont inscrit son art dans une tradition marocaine exigeante, où l’émotion se conjugue à l’élégance.

Parcours d’Abdelhadi Belkhayat : classiques et virage spirituel

Le parcours d’Abdelhadi Belkhayat s’étend sur plusieurs décennies, depuis des classiques populaires qui l’ont inscrit durablement dans la mémoire collective — dont Ya Bent Nass — jusqu’à des repères de sa discographie comme Al Kamar Al Ahmar et Kitar Al Hayat. Ses enregistrements live, notamment Une soirée à L’Olympia, témoignent aussi de sa présence scénique et de l’attachement du public à sa voix. Au fil du temps, son répertoire a continué d’être réédité et redécouvert sur les plateformes, tandis que sa trajectoire personnelle a pris un tournant plus spirituel, marqué par un retrait progressif de la scène et une orientation vers le chant religieux et la dévotion, illustrée par des œuvres comme Al Mounfarija où il interprète la célèbre qasida“Al-Munfarijah” (souvent traduite comme “le poème du soulagement”), attribuée au savant maghrébin Ibn al-Nahwi (Abû al-Fadl).

Retrait de la scène : la métamorphose spirituelle d’Abdelhadi Belkhayat

Au sommet de sa notoriété, l’artiste avait progressivement choisi de s’éloigner des projecteurs pour mener une vie plus discrète, marquée par la piété.  D’après ses propres confidences rapportées par la presse, il a notamment expliqué que son retrait (annoncé en 2012) était lié à une profonde remise en question et à la volonté de se consacrer davantage à la spiritualité et au chant religieux.  Certaines biographies rappellent aussi qu’à partir de la fin des années 1980, il s’est orienté vers les psalmodies coraniques et aurait même assuré, pendant un temps, la fonction d’imam dans une mosquée à Casablanca.

Ce que son départ nous rappelle

La disparition d’Abdelhadi Belkhayat nous ramène à une évidence : certaines voix deviennent un patrimoine. Aujourd’hui, au-delà de l’annonce, l’enjeu est aussi de préserver et transmettre cette mémoire musicale—par l’archive, la documentation, et la mise en valeur de ces œuvres auprès des nouvelles générations.

Que Dieu lui accorde Sa miséricorde, l’accueille en Son vaste paradis et apporte patience et réconfort à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui l’ont aimé.

Auteur
Photo de profil du docteur Zahra Boughroudi

Zahra Boughroudi

Docteure en langues et communication et titulaire d'un master en tourisme et communication. J’ai eu l’occasion de développer l’expertise dans le domaine de la communication touristique. J’ai mené des recherches en ingénierie touristique et en développement du tourisme culturel.