
Chaque année, au lendemain de l’Aïd al-Adha, Boujloud — aussi appelé Bilmawn, Bilmawen ou Biyelmawn selon les régions — transforme les rues de plusieurs villes et villages marocains en scènes populaires mêlant déguisements, musiques, danses, satire et mémoire amazighe. En 2026, l’Aïd al-Adha est célébré au Maroc le mercredi 27 mai 2026, selon l’annonce du ministère des Habous et des Affaires islamiques ; les premières célébrations de Boujloud peuvent donc commencer dès les jours qui suivent, notamment dans le Souss, le Haut Atlas et certaines villes comme Agadir, Dcheira, Inezgane, Aït Melloul ou Imintanoute.

Le terme Boujloud signifie littéralement « le porteur de peaux » (abu = père, jloud = peaux). Ce nom illustre bien le cœur de cette fête, où les participants se couvrent des peaux des animaux sacrifiés lors de l’Aïd al-Adha.
Mais Boujloud ne se limite pas à un simple déguisement : ses origines remontent à des rites préislamiques, voire romains (les Saturnales), qui célébraient le passage, la fertilité ou encore la protection contre les esprits.
Avec le temps, ces coutumes ont été intégrées dans le tissu culturel amazighe, devenant un rituel populaire porteur d’identité et de mémoire collective.
Le festival débute généralement le deuxième jour de l’Aïd, et se prolonge sur plusieurs jours. Des jeunes du village, vêtus des peaux de mouton ou de chèvre, arpentent les rues en dansant, chantant et parfois en faisant peur aux enfants dans une ambiance joyeusement transgressive.
Ils portent parfois des masques artisanaux, des cornes, ou encore des éléments des membres de l’animal sacrifié, donnant à leurs silhouettes un aspect mi-homme, mi-bête.
Le cortège est accompagné de musiciens jouant des tambours (GANGA), des flûtes traditionnelles, formant une musique envoûtante qui accompagne les danses et les interactions avec le public.
Les porteurs de peaux approchent les spectateurs, les touchent ou les frappent doucement avec une branche ou un membre animal. Ce geste est interprété comme une bénédiction, une protection contre le mal ou encore un rappel du lien entre sacrifice et purification.
Boujloud incarne une figure ambivalente : le chaos régénérateur, la transgression des normes sociales et l’expression populaire. Il représente aussi une satire sociale : on y voit des scènes moqueuses, des déguisements travestis, des allusions religieuses ou politiques, toujours dans un esprit de comédie.
Ce rituel rappelle également le lien profond entre l’homme, l’animal et le sacré. En incarnant la bête sacrifiée, le porteur de peaux devient le messager d’un monde ancestral, où sacrifice, purification et renaissance sont au cœur des croyances.
Boujloud est célébré dans plusieurs régions marocaines, notamment :
À Agadir, la tradition a pris de l’ampleur avec un carnaval officiel rassemblant des troupes folkloriques, des artistes et des milliers de spectateurs.
Si Boujloud était autrefois un rituel local, il connaît aujourd’hui une certaine institutionnalisation : subventions publiques, encadrement culturel, médiatisation… Toutefois, certains dénoncent des dérives (harcèlement, extorsion), d’où l’importance de préserver l’authenticité et l’éthique populaire de cette fête.
Boujloud 2026 confirme une tendance déjà visible depuis plusieurs années : la fête reste profondément attachée à l’imaginaire rituel du sacrifice, de la peau, de la fertilité et de la satire sociale, mais elle s’inscrit de plus en plus dans une logique de valorisation culturelle. Dans les quartiers, elle demeure une célébration spontanée, transmise par les jeunes et les familles. Dans les grandes villes, elle devient aussi un rendez-vous encadré, avec des cortèges, des costumes travaillés, des troupes invitées et une forte visibilité médiatique.
Cette double dimension fait toute la richesse de Boujloud : une fête de proximité, parfois bruyante et transgressive, mais aussi un patrimoine vivant qui raconte la profondeur amazighe du Maroc, son rapport au corps, à l’animal, au rire, au sacré et à la communauté.
Boujloud n’est pas qu’une simple festivité post-Aïd. C’est une expression vivante de l’identité amazighe, un espace de liberté, de mémoire, de satire et de communion. En participant à cette fête, on touche du doigt la richesse culturelle du Maroc, entre tradition, spiritualité et modernité.
Si vous envisagez de découvrir le Boujloud au Maroc, préparez votre séjour en tenant compte du calendrier lunaire : les festivités ont toujours lieu entre le 2ème et le 7ème jours après l’Aïd al-Adha. Pour vivre l’événement dans toute sa richesse culturelle, privilégiez les villages ou petites villes où l’esprit traditionnel reste intact, et pensez à vous entourer d’un guide local afin de mieux comprendre la symbolique des rituels et d’éviter tout malentendu. Lors des déambulations costumées, adoptez une attitude respectueuse : les gestes modérés, les dons volontaires et la participation discrète sont appréciés. Pour les passionnés de photographie ou de reportage culturel, les moments les plus visuels et immersifs se déroulent généralement entre 15h et 19h, lorsque la lumière met en valeur les costumes, les danses et l’ambiance festive. Une belle opportunité pour plonger au cœur du patrimoine vivant marocain, entre folklore et spiritualité.
Boujloud sera célébré en 2026, comme chaque année, dans le prolongement de l’Aïd al-Adha. Au Maroc, l’Aïd al-Adha 1447 H est officiellement fixé au mercredi 27 mai 2026, après la confirmation de l’observation du croissant lunaire par le ministère des Habous et des Affaires islamiques. Les premières célébrations de Boujloud/Bilmawen peuvent donc débuter dès le jeudi 28 mai 2026, selon les villes et les quartiers.
Les organisateurs et communautés locales cherchent à préserver le caractère authentique de Boujloud tout en l’adaptant aux temps modernes. L’édition 2026 devrait encore une fois offrir une ambiance festive mêlant rite, spectacle et identité culturelle.
Ce dimanche 31 mai 2026, les festivités de Boujloud/Bilmawen se poursuivent à partir de 18 h, dans le cadre du Carnaval international Bilmawen d’Inezgane Aït Melloul. La fête mettra à l’honneur les défilés populaires, les costumes traditionnels, les animations artistiques et l’esprit carnavalesque propre à cette tradition amazighe.
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Docteure en langues et communication et titulaire d'un master en tourisme et communication. J’ai eu l’occasion de développer l’expertise dans le domaine de la communication touristique. J’ai mené des recherches en ingénierie touristique et en développement du tourisme culturel.